[Critique] Nymphomaniac de Lars Von Trier

 Nymphomaniac

Le moins que l’on puisse dire, c’est que l’année cinéma 2014 démarre fort et Nymphomaniac de Lars Von Trier n’y est pas pour rien ! Alors, que ceux qui s’attendent à voir un film pornographique se ravisent, car ce film, poétique et intelligent, n’a rien d’un film porno ! Une déception ? Bien au contraire, Lars Von Trier aborde le sujet de la nymphomanie et de la sexualité féminine avec un grand respect et beaucoup  de beauté.

Nymphomaniac démarre sur une image forte, Joe (Charlotte Gainsbourg) allongée, dans une rue sous la neige, blessée et comme laissée pour morte, et, pour accompagner cette image, le puissant morceau Führe Mich de Rammstein (groupe que l’on découvrait dans la BO de Matrix il y a quelques années avec notamment le titre Du Hast). Seligman (Stellan Skarsgard) la trouve et la ramène chez lui pour lui offrir une tasse de thé (puisqu’elle refuse une ambulance ou la police). Elle commence alors à lui narrer l’histoire de sa nymphomanie, sans complexe, en toute simplicité.

Nymphomaniac

Le volume un de Nymphomaniac pose les bases d’une évolution de la sexualité du personnage de Joe. D’abord, au travers de son enfance, quand elle découvre qu’elle possède un clitoris, très petite et qu’en se titillant, elle peut se donner du plaisir (rien de bien exceptionnel jusque-là, tous les enfants passant par la découverte de leur corps et étant tourné vers le plaisir immédiat).  Elle partagera cette recherche du plaisir avec Betty, son amie, d’abord au travers de jeux, comme celui de la grenouille, puis de défis un peu plus osés, comme la scène du train, la quête étant toujours le plaisir (ici, plutôt les chocolats dans un premier temps). En grandissant, et, en découvrant les mécanismes de son corps, Joe va commencer à prendre du plaisir au travers de l’acte sexuel lui-même (alors qu’au début, c’était plutôt un moyen qu’une fin). C’est alors qu’elle va devenir petit à petit ce que l’on peut qualifier de sex addict ou nymphomane (femme ayant un fort appétit sexuel, tourné vers le plaisir quoiqu’il en coûte).

Stacy Martin (Joe jeune) délivre une excellente performance, elle semble douce et fragile, tout en étant apathique et avide de pouvoir, le pouvoir qu’elle peut exercer sur les hommes à travers le sexe (comme pendant la scène de la fellation dans le train). Au fur et à mesure, qu’ elle prend conscience de ce pouvoir, elle s’interroge également sur son absence de sensations, d’empathie, de remords et la Joe (Charlotte Gainsbourg) qui narre son histoire a une estime de soi très basse et se prend pour une mauvaise personne. La psychologie de ce personnage est captivante, tout comme le personnage de Seligman (Stellan Skarsgard), très bien interprété, qui apporte un côté métaphorique à la nymphomanie en parlant de pêche, de suite de Fibonacci ou encore de Cantus Firmus (mélodie polyphonique toute indiquée pour parler de la sexualité de la jeune Joe). Il ne juge pas, il a le rôle de celui qui recueille le récit. Et côté performance, Christian Slater (entre douceur et paranoïa), Uma Thurman (complètement barrée en épouse délaissée) et Shia LaBeouf (élégant et tout en finesse), ne déméritent pas !

Nymphomaniac

Et la musique a une place de choix dans ce film. Éclectique et envoutante, elle nous entraine de Rammstein à Bach  en passant par Steppenwolf et leur « born to be wild ». Elle accompagne à merveille les images puissantes (très belle photographie de Manuel Alberto Claro) et contribue à la poésie de cette histoire, qui comme dit plus haut, n’a rien de vulgaire, ni de pornographique.

Évidemment, côté mise en scène, rien à redire, si ce n’est que Lars Von Trier, on aime ou pas ses histoires, mais on ne peut pas lui enlever sa maitrise et la qualité de son travail. Le scénario est très bien écrit, très poétique et intelligent. Sa façon de parler de sexualité féminine est brillante, respectueuse et même, parfois, pudique.

Bref… A la fin du volume un de Nymphomaniac, on n’a qu’une hâte, découvrir le volume deux. Ici, les bases sont posées, l’origine et le développement de la sexualité de Joe, il ne nous reste plus qu’à découvrir comment Charlotte Gainsbourg va faire évoluer le personnage ! D’une grande finesse psychologique !!

 Note du film :

 note critique 3.5


Nymphomaniac_afficheTitre : Nymphomaniac volume 1
Date de sortie : 1er janvier 2014
Durée : 1h50min
Réalisé par : Lars Von Trier
Avec : Charlotte Gainsbourg, Stellan Skarsgard, Stacy Martin…
Genre : Érotique, drame
Nationalité : Danois, allemand, français, belge

Synopsis : « La folle et poétique histoire du parcours érotique d’une femme, de sa naissance jusqu’à l’âge de 50 ans, racontée par le personnage principal, Joe, qui s’est auto-diagnostiquée nymphomane. Par une froide soirée d’hiver, le vieux et charmant célibataire Seligman découvre Joe dans une ruelle, rouée de coups. Après l’avoir ramenée chez lui, il soigne ses blessures et l’interroge sur sa vie. Seligman écoute intensément Joe lui raconter en huit chapitres successifs le récit de sa vie aux multiples ramifications et facettes, riche en associations et en incidents de parcours. »
Interdit aux moins de 12 ans

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