[Critique] Blood Island de Jang Cheol-Soo
Le 18 ème Festival International du Film Fantastique de Gérardmer a plébiscité la Corée du Sud en offrant quatre de ses plus belles récompenses à deux films du pays du matin calme.
« I saw the devil » dont nous vous avons déjà fait les louanges ici, a remporté le Prix du Public, le Prix du Jury Jeunes et le Prix de la Critique mais le Grand Prix est revenu à « Bedevilled » de Cheol Soo Jang. Projeté pour la première fois au festival de Cannes de 2010, il n’a pourtant bénéficié d’aucune médiatisation.
L’éclairage qu’apporte ces festivals sur des œuvres étrangères est une opportunité de découvrir des films qui ne sauraient être vus autrement que par cette sélection. Pourtant, malgré ces récompenses, « Bedevilled » ne sera visible chez nous qu’en Mai via les formats dvd et blu-ray.
C’est à n’y rien comprendre de la frilosité des distributeurs, qui n’hésitent pas à nous projeter les pires navets américains ou français mais restent rétifs quant à parier sur l’enthousiasme du public pour une oeuvre non occidentale et au canevas particulier.
Car singulier, le film de Cheol Seo Jang l’est sans conteste. Après avoir été l’assistant réalisateur de Kim Ki Duk pour « Printemps, été, automne, hiver et printemps » et « Samaria », il se met à son tour à la réalisation et nous livre un premier film « Bedevilled » (littéralement « tourmenté »).
Pour le public occidental, qui dit film coréen, dit souvent « film de vengeance » brut de décoffrage. Du moins, en ce qui concerne l’exportation de la production cinématographique de ce petit pays. Bien sûr, les réalisations coréennes sont bien plus étoffées, que ce soit dans les genres comédies, romances, les films d’action ou les polars. Mais il est vrai qu’ils sont habiles à traiter cette thématique, et que depuis le succès d’un certain « Old Boy » de Park Chan Wook, un mouvement cinématographique « revenge made in south korea »s’est littéralement créé.
Néanmoins, que l’on ne s’y trompe pas, « Bedevilled » n’est pas un énième film coréen sur le thème de la vengeance avec son festival de sang, de bruit et de fureur. C’est d’abord une oeuvre atypique où les genres sont emboîtés telles les poupées russes. Il s’amorce avec le drame social, puis psychologique pour glisser vers le slasher et le gore, et finir sur un mélodrame. L’ascension des événements dans leur dramaturgie rend tout à fait cohérent cette succession de thématiques à l’image même de l’existence qui n’a rien de linéaire.
« Bedevilled » s’attèle à explorer deux facettes de la société coréenne et analyse celles-ci à travers deux personnages féminins.
Le film commence sur le portrait d’une citadine, Hae Won. Elle est très vite ressentie comme égoïste, individualiste, lâche et totalement aseptisée à la souffrance d’autrui. Que ce soit lors d’une agression où elle sera un témoin rétif à témoigner auprès de la police qu’au travail où elle s’avère abjecte avec une vieille dame implorant un crédit, ou avec une collègue qui se montrera plus empathique avec cette cliente. Célibataire trentenaire, elle est présentée comme le parfait rejeton d’une société individualiste et égocentrique. Pourtant, elle franchira la limite en frappant une collègue et se retrouvera ainsi mise au ban de son entreprise pour partir en vacances afin de retrouver une conformité sociale. Car dans les codes sociaux, la violence doit être contenue et verbale, elle ne doit pas être agit physiquement. Il y a des règles, elle les a bafouées.
Quand Hae Won rejoint son amie sur l’île de Moodoo où elle se rendait petite à la maison de ses grands-parents, à présent défunts, elle pense rejoindre la quiétude insulaire, la nature bienveillante pour trancher avec la ville froide et anonyme.
On saisit l’immense contraste avec l’environnement d’où elle vient. Sur l’île, une petite dizaine d’habitants peuple la région et son amie, Bok Nam y est la seule jeune femme. Les autres y sont des vieilles femmes et des hommes analogues à des bêtes. Ici, la promiscuité étouffante et quotidienne empêche toute intimité, vouant chacun au regard constant de l’autre et l’anonymat parfois réconfortant de la ville y est impossible. L’univers de Bok Nam est un monde où elle est quotidiennement brimée, humiliée, soumise aux injonctions des vieilles femmes, esclave sexuel et femme battue d’un époux plus intéressé par les beuveries et la pêche.
Les sentiments d’animalité et de sauvagerie omniprésents sur cette île sont rendus par les plans brutaux et rapprochés via une photographie à laquelle le réalisateur s’est aussi attelé. Les couleurs passées, le gris délavé et les tonalités très crues du rouge, de l’ocre et du vert feront l’essentiel de l’atmosphère du film. Elles sont analogues à la variation des émotions ressenties au fil des événements. Quand dans Séoul celles-ci sont blafardes et aseptisées, sur l’île elles sont d’abord éclatantes puis peu à peu grisées. L’herbe verte, le bleu profond de la mer, la terre fertile, toutes ces notes sont pensées soigneusement pour instiller des sentiments qui vont résulter de contrastes.
Ce jeu des contrastes reste un pilier fondamental à la construction du climax du film. Il permet de rendre compte à la fois du statut de la femme coréenne et des pluralités culturelles via la ville et une région insulaire où la société patriarcale est une constante. L’ignominie de ces deux univers est mise en parallèle et de manière habile. C’est ce qu’illustrait déjà dès le départ le réalisateur via l’agression dont l’héroïne avait été témoin et où elle fermait la porte et la vitre de sa voiture devant la demande d’aide de la victime. Elle ne sera pas plus coopérative avec la police contrainte de témoigner, puisque vue par la victime, mais rechignant à indiquer des éléments d’identification des agresseurs uniquement centrée sur elle-même et la crainte de représailles. Cheol Seo Jang montre que dans les villes les citadins avancent masqués, cachant leur part d’animalité derrière les convenances sociales, les règles de bienséance et la crainte de la loi. Tout en étant pas moins brutaux dans leur indifférence et la mise à distance de l’autre. La structure même de la ville, un espace élargi, permet la construction d’une bulle sociale où les œillères sont monnaie courantes.
Via ce constat de deux mondes, Cheol Seo Jang va parallèlement esquisser le portrait de deux femmes totalement différentes.
Quand les deux amies se retrouvent, quand la citadine arrive dans l’univers de l’insulaire, c’est inexorablement deux mondes dichotomiques qui se rejoignent. La femme de la ville, belle célibataire, égoïste, rigide et lâche et l’insulaire, mère d’une petite fille, mariée, généreuse et entière.
Les physiques de chacune sont aux antipodes. L’une a la blancheur des citoyens urbains, la silhouette filiforme et longiligne, vêtue élégamment, l’autre a la peau matifiée par un soleil aride, tout en naturel, la démarche lourde et le regard vif, habillée de manière pratique pour ses tâches domestiques et agricoles. L’alternance de plans entre Hae Won et Bok Nam nourrit le contraste entre les deux jeunes femmes et souligne en même temps celui de la ville et de l’île. Mais si celui-ci apparaît comme manichéen au début du film, il va vite se nuancer.
L’accueil de Bok Nam fait à Hae Won est enjoué, presque enfantin, ravie de retrouver un visage familier. Elle se consacre à son amie avec une attention continue, lui faisant ses repas, nettoyant la maison de ses grands parents et prenant soin d’anticiper tous ses besoins. Sa générosité, son contact chaleureux et entier tranche avec l’aspect toute en retenue et distant de l’autre femme.
Peu à peu la citadine s’efface alors pour que la caméra se concentre sur l’insulaire, Bok Nam, qui devient notre héroïne dans le sens du personnage central autour duquel gravitent des protagonistes bien peu affables à son encontre. A l’opposé de sa candeur, de son naturel et de sa puérilité émouvante s’opposent la personnalité de tous les habitants aux comportements abrupts et primaires. L’île apparaît rapidement tel un lieu amoral où l’homme peut jouir comme il veut avec la bénédiction des vieilles femmes qui la peuplent.
Ainsi, le reste de la population insulaire n‘accorde pas le même intérêt à l’arrivée de Hae Won. D’un côté les vieilles femmes n’approuvent pas la présence de la jeune femme, la considérant comme une intruse, source de troubles potentiels, de l’autre, les hommes y voient un objet de fantasmes libidineux.
Ces sentiments que Hae Won génère dans la population locale sont soulignés par le décor que constitue l’île en elle-même. Elle forme un écrin à l’image d’un huis clos avec des paysages fantastiques à la fois bucoliques, marins et forestiers. Mais ce lieu féérique en apparence est un espace fermé sur lui-même de par sa constitution et les habitants y sont donc cloîtrés, rendus à un état presque animal sans aucune censure sociale. Bok Nam nous apparait comme le seul être vulnérable et attachant dans ce lieu à la fois immense et étroit, dont les bordures que forment les falaises sont comme des murs de prison au lieu d’être des chemins vers d’autres horizons.
Sur cette île, tous sont préoccupés par des desseins triviaux jalonnant un quotidien tout entier dédié à la survie, travaillant la terre, se rendant à la pêche ou entretenant leurs maisons de fortune. Les seuls êtres semblant pouvoir profiter de la vie sans avoir de compte à rendre y sont les hommes, que ce soit les plus jeunes, avec leurs beuveries et leurs recours aux prostituées, le vieillard mâchant continuellement une plante connue pour ses vertus hallucinogènes dans un mutisme total et la doyenne des femmes, qui ne fait que diriger, et invectiver les autres femmes.
Derrière le décor qui nous paraissait enchanteur, on réalise un antre de l’horreur.
Cheol Seo Jang nous plonge dans une représentation qui peut paraître binaire où le bien serait incarné par Bok Nam quand le mal semblerait matérialisé par les habitants de l’île et l’égocentrisme de la citadine. On comprend donc que Bok Nam voit en l’arrivée de Hae Won un espoir de renouveau. Une femme de sa génération avec qui elle a partagé des moments durant son enfance et dont elle imagine qu’elle l’emmènera à Séoul pour quitter cette île où elle vit l’enfer, et surtout offrir à sa fille une autre vie.
La présence de cette amie matérialise l’espoir d’une vie meilleure, elle qui regarde cette femme avec des yeux d’enfant, l’idéalisant dans son quotidien, sa liberté, admirant tout de sa personne. Mais cette présence est aussi le levier qui provoquera une rébellion croissante quant à son sort. Elle ne supportera plus les humiliations et les injonctions, remettant en question le statut de chaque habitant. Cependant, son amie, comme à son habitude, préfèrera ignorer et renvoyer à Bok Nam à ses désillusions, ne voulant surtout pas être impliquée dans des événements où elle devra s’investir pour autre chose qu’elle même. Hae won est posée comme l’être qu’elle a toujours été, un témoin silencieux et lâche, fermant les yeux car elle ne sait pas fonctionner autrement que dans le repli sur soi et l’égocentrisme.
Devant le calvaire de Bok Nam, il nous est impossible de nous référer à Hae Won en tant que personnage salutaire. Cheol Seo Jang nous plonge dans une sorte d’effroi ne trouvant aucun élément pour épauler la jeune femme face à la persécution qu’elle subit. Bok Nam garde pourtant sa détermination encore plus féroce depuis qu’elle soupçonne son époux d’avoir des desseins incestueux à l’égard de sa fille. Mais elle est sur une île et comme toute île, elle n’a aucun endroit où se cacher. Pour la quitter, il lui faut donc elle un bateau. Et il est touchant de voir que le seul être qui va vouloir l’aider, qui éprouve de la compassion pour son sort est une femme au plus bas de l’échelle sociale, une prostituée. Celle qui sert à soulager les hommes de l’île en s’y rendant régulièrement afin de gagner sa vie. Cheol Seo Jang esquisse une relation tout en respect entre ces deux femmes, où Bok Nam n’a aucun mépris pour la prostituée mais s’interroge plutôt sur sa santé à long terme bien que celle-ci vend ses services à son époux. Le regard que ces deux femmes posent l’une sur l’autre tranche radicalement avec la violence quotidienne des rapports sociaux que connaît Bok Nam. Ces deux êtres réifiés apparaissent comme plus humains et plus nobles que tous les autres protagonistes pétris de suffisance quant à la supériorité de leur condition.
Et même Hae Won, parée de ses attributs de femme de la ville et éduquée devient soudainement à l’image de ces insulaires qu’elle méprise, autant dans la violence que dégage sa lâcheté que dans son individualisme.
Mais une fois le drame arrivé, tournant brutal que l’on sentait venir avec la rébellion croissante de Bok Nam, Cheol Seo Jang prend un virage radical dans le déploiement de son fil narratif. Le crime commis par l’époux de la jeune femme va modifier la donne et celle qui était perçue comme la faible femme trop pure pour ce monde trop brutal, va se transformer en archange vengeur à la sauvagerie proportionnelle à la persécution trop longtemps entretenue. Ainsi le dernier quart du film va basculer du drame social et psychologique au slasher gore tout en conservant une émotion intense permettant d’éviter l’écueil de la violence gratuite. Devant cette succession d’actes de justice à la serpette, le spectateur devient le témoin consentant, partie prenante et désireuse de voir Bok Nam en finir avec ses bourreaux.
On en vient même à craindre qu’elle n’échoue lorsque les hommes reviennent sur l’île après la pêche. Malgré cette ultra violence gore, on soutient ardemment Bok Nam après avoir été totalement construits dans l’empathie. Il faut reconnaître au réalisateur une dextérité sans pareille pour filmer cette femme majestueuse, aveuglée par des années d’humiliations et de rancoeurs contenues qui déverse enfin toute sa haine suite à la négation suprême de son identité.
C’est donc encore le thème de la vengeance qui est convoqué ici, même s’il n’est qu’un prétexte tardif pour donner une autre forme au film qui nous laissait pressentir un drame inévitable face à toute l’animosité de ces habitants et la rage contenue mais peu à peu relâchée avec la présence de l’amie de la ville. Rage salvatrice, attendue sinon espérée par les spectateurs.
L’actrice incarnant le rôle de Bok Nam mériterait des louanges quant sa prestation graduelle, interprétant avec un talent incroyable la candeur, l’innocence, la soumission pour finir par exploser dans une catharsis de toute cette souffrance trop longtemps gardée pour elle. Jouant de sa posture d’être inoffensif, elle tirera partie de cette représentation pour mieux achever ces êtres qui l’ont toujours considéré comme une moins que rien. La scène magistrale, tant par la tension qu’elle génère que la performance de l’actrice, où elle détourne l’agression de son mari au couteau prêt à la tuer, en feignant une fellation de la lame, montre sa lucidité quant à son statut aux yeux des hommes de cette île et surtout sa réelle maîtrise des faiblesses de ses bourreaux.
Cheol Seo Jang nous offre alors un moment magnifique, quand Bok Nam quitte l’île portant la robe blanche immaculée de Hae won pour rejoindre Séoul, telle une petite fille imitant les atours de sa mère, avec ses talons trop hauts et son grimage à la fois grotesque et si émouvant. On la croit enfin libre, mais on omet sa détermination à faire payer tous les acteurs de sa souffrance.
Et contrairement aux films de vengeance coréens, ce n’est pas celle-ci qui va ponctuer le film, ce ne sera pas le fondement même de la narration qui va bien au-delà d’une analyse de ce processus. L’acte de vengeance est plutôt le levier, la leçon enseignée à Hae Won de ce qu’elle est devenue. Comme si le sacrifice tout en chaos et en douleur de cette jeune femme qu’elle méprisait lui avait révélé la petitesse de sa personne. Ce que Bok Nam a pu endurer et sa détermination a faire payer les êtres qui lui ont ôté toute humanité et le seul individu pour qui elle avait encore la force de vivre, lui donne une leçon radicale de ce qu’une femme peut faire de sa vie avec son courage et son refus d’un patriarcat qui nie son identité. En devenant actrice de sa destinée et non plus la spectatrice lâche du malheur des autres, elle rend alors hommage à cette jeune femme qu’elle réalise comme une icône de liberté.
Il est évident qu’avec « Bedevilled », on retrouve l’influence de Kim Ki Duk et notamment de « L’Ile« . En ayant régulièrement travaillé avec celui-ci, on comprend la familiarité de Cheol Seo Jang avec les thèmes de la nature et de la féminité. L’approche naturaliste pour mettre en relief cette part primaire, cette animalité inhérente à l’homme tout comme cette fascination pour les femmes et leur part à la fois sombre et lumineuse, sensuelle et fascinante est omniprésente dans le film. On pensera aussi à « The Housemaid » (« Hanyo » littéralement « La servante ») de Kim Ki Young dans cette lutte de classe, où l’esclave/la bonne à tout faire, décide de changer la donne pour être considérée en tant qu’individu à part entière. On pense aussi à « L’ile nue » de Kaneto Shindo, qui mettait en relief toute l’atmosphère naturaliste d’une île via un quotidien répétitif d’une famille de pêcheurs. On se rappellera aussi de l’excellent « Moss » de Woo-Suk Kang, film quasiment synchrone dans sa sortie, avec son village reculé et ce sentiment d’omnipotence face au citadin vécu comme un intrus.
Certes, on pourra reprocher à Cheol Seo Jang une caricature dans le traitement des seconds personnages, des éléments négatifs servant à mieux conceptualiser cette notion de dangerosité et d’animalité intrinsèque à un lieu clos. Cet espace sans loi, où les hommes sont tous des prédateurs sexuels et des brutes, quand les femmes, elles, sont toutes âgées et mauvaises, soumises à volonté aux ordres de la doyennes au physique masculin et au discours austère. C’est omettre à la fois le personnage de la prostituée qui offre un contre point de poids, et les propos du réalisateur qui souligne que si l’attitude des personnages peut paraître archaïque, le fait qu’ils soient cantonnés sur une île, un lieu isolé, parvient à rendre crédible le fait que de tels comportements existent bel et bien encore aujourd’hui. Il cherche avant tout à dénoncer des rapports de classe que ce soit à la ville comme sur cette île reculée, montrant cette approche impitoyable vis à vis des femmes et en même temps leur complicité en adoptant le même comportement vis à vis de leur pair qui les rendent, et là est toute l’horreur de ce système, le vecteur principal d’attitudes traditionnelles délétères
De même que la représentation de la loi peut nous sembler grotesque. Elle est ici incarnée par un policier qui n’est d’aucun secours. Un fonctionnaire bien trop peu enclin à faire son travail avec précision, aisément corruptible (mais n’est-ce pas un thème récurrent des films coréens quant à la dénonciation d’une justice à deux vitesses, et qui explique en partie la thématique récurrente de la vengeance dans le cinéma sud coréen contemporain) et n’investiguant qu’avec parcimonie.
Enfin, la longueur du film, peut nous paraître trop conséquente. Force est de constater que Cheol Seo Jang a du mal à passer à la conclusion, trahissant son désir à privilégier l’instauration du climax. Le contraste brutal ressenti avec la fin du film résulte de cette trop grande attention portée à l’atmosphère, à l’île et sa population (et non pas ses habitants en tant que tels).
Certains pourront voir dans cette profusion des genres abordés une quête malhabile de se trouver une ossature, cherchant dans tous les codes ce qui pourrait le mieux résonner et rendre compte de la texture du film. Ou une tentative de donner à voir une certaine connaissance des codes des genres cinématographiques. Mais à bien y regarder, il n’en est rien. Cette orchestration est menée d’une main de maître à l’image de ce qu’est la vie, une ascension jamais linéaire vers des chemins escarpés au rythme de nos souffrances comme de nos bonheurs.
Il est clair que Cheol Seo Jang aime le cinéma et sa diversité de genres. Avec « Bedevilled« , il démontre sans conteste un amour du cinéma par cette volonté de maîtriser tous les pans artistiques qu’offre cet art (photographie, montage, réalisation) au service d’une réalisation dont le message est définitivement féministe.
Note du film :
Titre : Bedevilled (Blood Island)
Titre original : Kim-bok-nam Sal-in-sa-eui Jeon-mal
Réalisation : Cheol-Seo Jang
Avec : Min-ho Hwang, Min Je, Lee Ji-eun-i
Pays : Corée du Sud
Genre : Drame
Durée : 115 min
Année : 2010
Sortie Dvd et Blue Ray : 3 Mai 2011
Synopsis : « Hae-won est une belle célibataire trentenaire qui travaille dans une banque à Séoul. Elle est témoin d’une tentative de meurtre où elle rechigne à témoigner tandis que sur son lieu de travail elle agressera une collègue ce qui entraînera les représailles de son supérieur pour lui faire prendre des vacances. Elle décide donc de se rendre à « Moodoo », une petite île où elle avait l’habitude d’aller voir ses grands-parents quand elle était enfant et où elle avait une amie du nom de Bok Nam. Celle-ci lui écrivant régulièrement afin de l’inviter à l’y rejoindre malgré le fait qu’elle ne daignait jamais répondre à ses lettres, elle saisit donc l’opportunité. A peine arrivée sur l’île, Hae Won constate le traitement réservé à son amie, réduite à l’état d’esclave. Elle est la seule jeune femme de l’île, peuplée de vieilles femmes et d’hommes dans la force de l’âge, pour qui elle s’avère être un objet d’humiliations et de brimades constants. Bok Nam a déjà tenté à plusieurs reprises de quitter l’île en vain et voit en l’arrivée de son amie un espoir de mettre un terme à son calvaire ».




















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